Portrait de l’écrivain Jules RENARD à travers la lecture de son journal et de son roman Poil de carotte, à travers le témoignage de Jean Pierre HARRIS, professeur, de Maurice BONNOTTE, instituteur à Chitry les Mines, et de Louis RENARD évoquant les souvenirs qu’il a de Jules RENARD et e sa famille. Dans le décor de la Gloriette, maison de Jules RENARD, Henri VIRLOJEUX lit des extraits du journal, illustré par des photos de famille et des images de la campagne nivernaise. L’émission évoque surtout l’enfance difficile de l’écrivain, ses rapports avec ses parents, la vie des paysans de sa campagne natale. Monsieur BONNOTTE, lit devant ses élèves « Le Chasseur d’images ».
Réalisateur : Trefouel, Jacques
Interprète : Virlojeux, Henri
Participants : Harris, Jean Pierre ; Renard, Louis
C’est le titre du film réalisé par Jacques Tréfouël et écrit par Daniel Hénard (dans le cadre d’une coproduction France 3 Bourgogne-Franche-Comté et des Films du Lieu-Dit) pour le centenaire de la mort de l’écrivain.
On connaît le talent de Jacques Tréfouël qui, depuis de nombreuses années, a signé pour la télévision de service public des œuvres de fiction, des reportages et des documentaires qui opèrent un fructueux travail de mémoire à la fois « patrimonial, historique et culturel ». Car, selon lui, « il n’y a pas d’avenir possible sans connaissance du passé », à commencer, bien sûr, par celui de la Nièvre, sa région qui est au cœur de ses réalisations.
Après ses reportages pour Bouillon de culture, de Bernard Pivot, il travaille à partir de 1994 avec Bernard Rapp dans le cadre de son émission Un siècle d’écrivains et produit de nombreux films sur Colette (1994), Alain-Fournier (1995), Saint-Exupéry et Jules Renard (1996), Paul Claudel (1997).
Parallèlement, il se lance dans le long métrage avec Les Eaux dormantes en 1992, un beau film où se croisent de grands comédiens comme Ludmila Mikaël, Daniel Delorme, Jacques Perrin, Michel Galabru… En 1999, il créé à Saint-Bonnot (Nièvre), la société des Films du Lieu-Dit et réalise pour la télévision des documentaires historiques comme Puisaye de terre et de feu, histoire d’une tradition potière (2002), ou Vauban, le vagabond du roi (2006).
Reprenant la veine littéraire pour mieux la servir et l’approfondir, il signe en 2005 un remarquable Colette (« J’appartiens à un pays que j’ai quitté ») et en 2010 Jules Renard, homme de combats dont la version DVD vient de sortir , accompagnée d’un passionnant bonus : l’entretien exclusif avec Stéphane Gougelmann, auteur de la thèse L’écriture de l’intime dans les œuvres et le Journal de Jules Renard. Un universitaire à qui Jacques Tréfouël donne souvent la parole dans son film, en contrepoint de l’intrigue restituant les combats de l’auteur.
Car c’est bien là l’originalité de ce film dans lequel le réalisateur s’attache à mettre en lumière un Jules Renard que l’on ne connaît pas –ou mal-. La mémoire collective issue d’une tradition scolaire bien ancrée dans le public depuis plus d’un siècle a surtout valorisé l’auteur de Poil de Carotte, archétype de l’enfant malheureux. Une histoire qui, par la suite, servira de matrice à tant d’œuvres littéraires et cinématographiques remarquables.
Ici, Jacques Tréfouël nous montre un homme qui participe activement aux combats de son époque, aux côtés ses amis Jaurès et Blum. Dans ce film en sept volets, interprété par Jean-Claude Dauphin et Jean-Pierre Bagot, avec la voix de Didier Sandre, le réalisateur retrace ce que furent les engagements de l’écrivain qu’on connaît parfois plus pour ses traits d’esprit sur ses contemporains que pour les actions pourtant très concrètes et efficaces qu’il a menées à Paris et dans la Nièvre.
Hostile à une certaine littérature futilement romanesque de son temps, Jules Renard cherche avant tout la vérité des choses et des êtres sous l’épaisseur mensongère des stéréotypes sociaux, moraux, politiques et culturels. Ses combats littéraires pour écrire autrement le roman, le théâtre et la poésie en portent témoignage. Mais aussi ses plaidoyers pour l’enfance. Pour l’école républicaine et laïque qu’il ne cessera de défendre. Pour soutenir avec véhémence l’action de Zola, en pleine affaire Dreyfus. Pour promouvoir une société plus juste, pour un socialisme, mot qu’il n’hésite pas à brandir quand il le faut. Mais un socialisme à hauteur d’homme.
Et c’est bien là aussi que l’on décèle l’originalité et la modernité de Renard qui n’a cessé de lutter pour la tolérance, le respect de l’autre, la justice sociale à la modeste place qui était la sienne. Celle d’un écrivain dont la lucidité acide permet encore aujourd’hui de percer les mensonges et les faux-semblants de notre monde obsédé par le paraître et le clinquant. Celle d’un petit maire de village qui sut voir et dénoncer la misère de ses « frères farouches », les paysans.
Ce film de Jacques Tréfouël a le grand mérite de mettre en scène cet autre Jules Renard, passionné et généreux, qui a encore tant à nous dire sur le monde tel qu’il va…