6 mai 2012
18 avril 2012
12 avril 2012

Ce billet doux plié en deux cherche une adresse de fleur (« Le Papillon » Histoires naturelles)
- Quoi ? Quoi ? Quoi ? – Rien. (« Le Corbeau », Histoires naturelles)
Pourquoi Jules Renard ?
Cette question m’a souvent été posée. Une question difficile, car elle touche à l’intime dans ce qu’il a de plus profond. Un intime révélé, au sens photographique du terme, par la rencontre d’un artiste ou d’un auteur qui, brusquement, fait surgir en vous cette double réponse : « Parce que c’est lui. Parce que c’est moi ! »
Tentons d’aller plus loin. Pourquoi Renard ? Pour Poil de Carotte, bien sûr, cet archétype immortel de l’enfant sevré d’amour. Mais pas seulement. A bien y réfléchir, l’essentiel est ailleurs et c’est hélas le plus méconnu du grand public…
Ailleurs ? Assurément dans L’Écornifleur, un grand roman. Dans Bucoliques aussi, cette évocation sublime de la vie paysanne. Dans Histoires naturelles bien sûr, où le regard du poète pénètre au plus profond du monde sensible pour nous en révéler les subtiles correspondances.
Mais surtout… surtout !, dans le Journal de Jules où l’on sent sans cesse sourdre la tragédie d’exister derrière l’humour caustique et apparemment léger. Un humour d’autant plus pathétique qu’il se retourne souvent contre son auteur, ce qui est si rare… Jules regarde son siècle droit dans les yeux et se regarde lui-même. Impitoyablement.
Et puis Renard, c’est aussi l’auteur qui ne se paye pas de mots. Un grand « classique », dans la lignée de La Bruyère, qu’il admire tant. Comme Flaubert, il rêve d’écrire sur « rien » et nous invite à « créer à deux », en comblant les interstices du texte. En cela, il annonce Henri Michaux. En cela, il est vraiment notre contemporain.
Lire Renard, aujourd’hui comme hier, c’est faire « la moitié » de l’œuvre. C’est à ce bel exercice d’imagination et d’intelligence que je vous convie…
Le Président des Amis de Jules Renard
Jacques-Louis Perrin
6 avril,
Je veux me lever, cette nuit. Lourdeur. Une jambe pend dehors. Puis un filet coule le long de ma jambe. Il faut qu’il arrive au talon pour que je me décide. Ça séchera dans les draps, comme quand j’étais Poil de Carotte.
(A cette date s’arrête le Journal de Jules Renard, mort le 22 mai 1910.)